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samedi 31 octobre 2026
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Suisse · Élection au Conseil fédéral · Répartition des départements · UDC
Analyse

Succession de Guy Parmelin : l’UDC veut le dossier de l’asile, le Conseil fédéral tranchera

Avec la succession de Guy Parmelin, l'UDC veut reprendre le dossier de l'asile. Mais c'est le Conseil fédéral qui décide des départements. Le chemin vers le Département de justice et police passe par Beat Jans.

Le président de la Confédération Guy Parmelin sur son portrait officiel de 2026
Le président de la Confédération Guy Parmelin se retire au 31.12.2026. Photo : Chancellerie fédérale, Attribution, via Wikimedia Commons

Le siège est acquis à l’UDC, le département ne l’est pas. Le 02.10.2026, le président de la Confédération Guy Parmelin a annoncé sa démission pour le 31.12.2026, après onze ans au gouvernement. Le 09.12.2026, l’Assemblée fédérale (Chambres réunies) élira la personne appelée à lui succéder. Que le siège revienne à l’UDC ne fait guère débat. « Le siège de l’UDC est incontesté », lisait-on dans l’annonce de l’émission « Arena » de SRF du 16.10.2026. Reste à savoir quelle tâche la nouvelle personne assumera au sein du gouvernement.

L’UDC a d’emblée abattu ses cartes. Le Département fédéral de justice et police (DFJP) et le Département fédéral de la défense (DDPS) sont les départements « confrontés aux plus grands défis à venir et au déficit de direction le plus marqué », écrivait le parti le jour même de l’annonce de la démission. Il précisait qu’il veillerait tout particulièrement, pour la succession de Guy Parmelin, à ce que la nouvelle personne soit en mesure de diriger l’un de ces départements. Seulement voilà : ce n’est ni l’UDC ni le Parlement qui décide de l’attribution des départements, mais le Conseil fédéral lui-même. C’est d’abord le Département fédéral de l’économie (DEFR) qui se libère. L’UDC n’obtiendra le DFJP que si le ministre de la Justice, Beat Jans (PS), le quitte.

PointSituationSource
DémissionAnnoncée le 02.10.2026, effective au 31.12.2026UDC, AWP
ÉlectionLe 09.12.2026, par l’Assemblée fédérale (Chambres réunies)Services du Parlement
CandidaturesHuit annonces jusqu’au 23.10.2026, aucune retirée ; au 29.10.2026, Thomas Aeschi n’avait pas confirmé sa candidatureUDC, SRF, « 20 Minuten »
DésignationAuditions jusqu’au 13.11.2026, puis proposition de la commission de sélection ; décision du groupe parlementaire le 20.11.2026UDC, « 20 Minuten »
DépartementsRépartis par l’ensemble du Conseil fédéral, en règle générale selon l’anciennetéServices du Parlement, SRF
Département libéréLe DEFR ; aucun changement de département de Beat Jans ou de Martin Pfister n’est décidéSRF, « Blick »
Durée du mandatJusqu’au renouvellement intégral du Conseil fédéral en décembre 2027Services du Parlement
Rapport de forcesUDC à 29,9 % dans le baromètre électoral SSR du 16.10.2026 (sondage de septembre 2026)Sotomo, AWP
L’essentiel sur la succession de Guy Parmelin (état au 30.10.2026)

Onze ans, deux départements

Guy Parmelin a été élu le 09.12.2015 pour succéder à Eveline Widmer-Schlumpf. Au troisième tour, il a obtenu 138 voix, la majorité absolue étant de 119. Il s’est imposé face aux deux autres noms du ticket officiel de l’UDC : Thomas Aeschi a recueilli 88 voix, le Tessinois Norman Gobbi 11. De janvier 2016 à décembre 2018, Guy Parmelin a dirigé le DDPS ; depuis janvier 2019, il est à la tête du DEFR. Il a présidé la Confédération en 2021 et en 2026.

Selon AWP, le Vaudois de 66 ans a motivé sa démission par la volonté de laisser la place à des forces nouvelles en ces temps incertains. Sa décision n’a rien à voir avec sa santé, a-t-il assuré ; il la mûrissait depuis l’été. « Le feu sacré n’est plus aussi sacré qu’au début », a-t-il déclaré devant les médias à Berne. Et de rappeler que « le cimetière est rempli de gens qui se croyaient indispensables ».

Comment Guy Parmelin a été élu en 2015Graphique à barres : Guy Parmelin remporte l’élection au Conseil fédéral de 2015 au troisième tour avec 138 voix, devant Thomas Aeschi et ses 88 voixRÉTROSPECTIVEComment Guy Parmelin a été élu en 2015Voix obtenues par les trois candidats officiels de l’UDC le 09.12.2015 ; majorité absolue au 3e tour : 119Guy ParmelinThomas AeschiNorman GobbiSource : Services du Parlement, archives des élections au Conseil fédéral · Aux 1er et 2e tours, des voix se sont aussi portées sur d’autrespersonnesEXPERTISTAN1er tour9061502e tour11778303e tour1388811
Voix obtenues par les trois candidats officiels de l’UDC lors de l’élection au Conseil fédéral du 09.12.2015. Source : Services du Parlement.
Vidéo : « Guy Parmelin aura passé onze années au Conseil fédéral », RTS, 19h30, 02.10.2026, 3 minutes.

Comment l’UDC sélectionne ses candidats

L’UDC a réglé la procédure de longue date. Au lendemain des élections de 2019 déjà, elle a institué une commission de sélection présidée par l’ancien conseiller national Caspar Baader. En cas de vacance au Conseil fédéral, celle-ci conduit le processus de sélection jusqu’à la désignation par le groupe parlementaire. Les partis cantonaux avaient jusqu’au vendredi 23.10.2026 à 12 h pour annoncer leurs candidatures.

La commission auditionne toutes les personnes candidates, selon « 20 Minuten » jusqu’au 13.11.2026 et dans des lieux tenus secrets. Elle examine leurs positions sur les thèmes centraux du parti : neutralité armée et autodétermination, paquet d’accords avec l’UE, asile et migration, armée et sécurité intérieure, allègement de la charge pesant sur la classe moyenne et les entreprises, approvisionnement énergétique sûr et abordable. S’y ajoute l’expérience de direction, « notamment au regard des départements à problèmes que sont le DFJP et le DDPS », comme l’écrivait l’UDC le 23.10.2026. La commission doit soumettre sa proposition au comité du groupe parlementaire d’ici au 13.11.2026. Le 20.11.2026, le groupe arrêtera sa proposition d’élection.

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Le nombre de noms qui figureront sur le ticket reste ouvert. Selon Caspar Baader, la commission de sélection ne tranchera qu’au terme de toutes les auditions ; elle examinera alors aussi s’il lui faut encore approcher d’autres personnalités. SRF et « Blick » évoquent deux ou trois noms ; selon la radio SRF, le chef du groupe parlementaire, Thomas Aeschi, plaide pour au moins deux. Lors de la succession d’Ueli Maurer, en 2022, le comité du groupe parlementaire avait recommandé un ticket à deux.

Le parti a pris ses précautions en cas d’élection hors ticket. En vertu de l’article 9 de ses statuts, quiconque accepte une élection au Conseil fédéral sans avoir été proposé par le groupe parlementaire perd automatiquement sa qualité de membre de l’UDC. Selon « 20 Minuten », les personnes candidates signent en outre une déclaration personnelle par laquelle elles s’engagent à ne pas accepter une telle élection. L’Assemblée fédérale, elle, n’est liée par aucun ticket. Le parti a inscrit cette règle dans ses statuts après l’élection au Conseil fédéral de 2007 : l’Assemblée fédérale avait alors écarté Christoph Blocher et élu à sa place Eveline Widmer-Schlumpf, membre de l’UDC qui n’était pas officiellement candidate. L’UDC ne l’a pas reconnue comme sa représentante, et le conflit a fini par déboucher sur la création du PBD. Le politologue Oscar Mazzoleni a déclaré à la RSI que l’UDC était le seul parti à ne pas pouvoir accepter une candidature sauvage, hors ticket.

Huit candidatures, peu d’engagements

À l’échéance du délai, les partis cantonaux avaient annoncé huit noms : cinq de Suisse alémanique, deux de Suisse romande et un du Tessin, soit sept hommes et une femme. Quatre siègent au Conseil national, un au Conseil des États, trois dans un gouvernement cantonal. Un nom est assorti d’une réserve. L’UDC zougoise a désigné par précaution le chef du groupe parlementaire, Thomas Aeschi, dont la décision personnelle était encore attendue le 23.10.2026. « Je veux maintenant prendre le temps de la réflexion et mener les discussions nécessaires », a-t-il déclaré à SRF. Le 29.10.2026, selon « 20 Minuten », sa décision était toujours en suspens ; il sera néanmoins auditionné, a confirmé le président de la commission, Caspar Baader. Au sein même de la commission de sélection, Thomas Aeschi s’est récusé jusqu’à l’élection. Au 29.10.2026, personne ne s’était retiré.

Ont notamment renoncé le président du parti, Marcel Dettling (« Ma mission est de diriger le parti »), la conseillère aux États Esther Friedli, le conseiller national Pascal Schmid, responsable de l’asile au sein du parti, ainsi que les Zurichois Thomas Matter et Natalie Rickli. Le canton le plus peuplé est absent de la course. Selon SRF, Zurich n’est plus représenté au Conseil fédéral depuis quatre ans ; le dernier conseiller fédéral zurichois était Ueli Maurer.

NomCantonFonction actuelleDéclarations sur le département
Thomas AeschiZGConseiller national, chef du groupe parlementaireCandidature non confirmée au 29.10.2026
Céline AmaudruzGEConseillère nationaleSe dit candidate au Conseil fédéral, et non à un département en particulier ; elle a des préférences, mais juge prématuré d’en parler (AWP)
Marco ChiesaTIConseiller aux ÉtatsAucune déclaration trouvée
Jean-Pierre GallatiAGConseiller d’État, santé et affaires sociales, y compris l’asileAucune déclaration trouvée
Michael GraberVSConseiller nationalJuriste de formation, il serait le plus à l’aise au DFJP, mais reprendrait n’importe quel département (selon « Blick » et blue News)
Franz RuppenVSConseiller d’État« Il faut assumer ce que le Conseil fédéral décide alors en tant que collège. » Juriste, il serait le plus à l’aise au DFJP (selon « Blick »)
Pierre Alain SchneggBEPrésident du Conseil-exécutif, santé, affaires sociales et intégrationAucune déclaration trouvée
Rémy WyssmannSOConseiller national« Je suis en mesure de reprendre n’importe quel département » ; selon blue News, il se voit le mieux au DFJP
Les candidatures annoncées et leurs déclarations sur la question des départements (liste arrêtée au 29.10.2026, déclarations jusqu’au 23.10.2026)

Sur les questions de fond, les positions sont proches. Oscar Mazzoleni ne voit guère de différences de positions, notamment sur l’Europe et la migration, mais bien de style. Dans les sources examinées, Céline Amaudruz, Marco Chiesa, Michael Graber et Rémy Wyssmann, entre autres, se sont prononcés contre le paquet d’accords avec l’UE. « Notre indépendance, notre souveraineté sont en jeu », a déclaré Céline Amaudruz à propos de ces accords, selon « 20 minutes » ; élue au Conseil fédéral, elle défendrait toutefois la position du collège. Lors de l’assemblée des délégués du 17.10.2026, Michael Graber a parlé de « traité colonial » ; Rémy Wyssmann affirme : « Les accords avec l’UE mettent en danger nos institutions. » Les écarts par rapport à la ligne du parti portent sur des points précis : Céline Amaudruz a voté à plusieurs reprises autrement que son groupe sur des questions de société, Jean-Pierre Gallati a publiquement critiqué l’initiative sur la neutralité. En matière d’asile, Jean-Pierre Gallati défend une ligne dure selon blue News, tout comme Pierre Alain Schnegg selon l’appréciation de SRF.

Qui répartit les départements

La règle est claire. « La répartition des départements n’incombe pas au Parlement, mais à l’ensemble du Conseil fédéral », relèvent les Services du Parlement dans leur fiche d’information sur l’élection du Conseil fédéral. Et : « Les membres du Conseil fédéral sont tenus de reprendre la tête du département qui leur a été confié par le collège gouvernemental. » Les Services du Parlement citent comme base légale l’article 35 de la loi sur l’organisation du gouvernement et de l’administration. La direction de l’UDC reconnaît elle aussi cette compétence. « Par ailleurs, la répartition des départements est l’affaire du Conseil fédéral », a déclaré Thomas Aeschi dans une interview accordée à « Blick ».

Dans la pratique, c’est l’ancienneté qui compte. Les membres expriment leurs souhaits dans l’ordre de leur entrée au gouvernement. « En principe, la règle qui prévaut dans la salle du Conseil fédéral est la suivante : les plus anciens peuvent choisir leur département », écrit SRF. Si Beat Jans et Martin Pfister ne parvenaient pas à s’entendre, il faudrait, selon SRF, passer au vote, ce qui est très rare. À partir de 2027, l’ordre sera le suivant : Ignazio Cassis (PLR, élu en 2017), Karin Keller-Sutter (PLR, 2018), Albert Rösti (UDC) et Elisabeth Baume-Schneider (PS, tous deux en 2022), Beat Jans (PS, 2023), Martin Pfister (Centre, 2025) et, en dernier, le nouveau membre UDC.

Sept départements, une place vacanteGraphique sur la succession de Guy Parmelin : les sept départements du Conseil fédéral en 2026 et leurs chefs, le DEFR qui se libère et le DFJP, objet de la controverseSUCCESSION DE GUY PARMELINSept départements, une place vacanteLe Conseil fédéral en octobre 2026 : département, cheffe ou chef, parti, canton et année d’électionSources : Services du Parlement (données électorales) ; UDC (02.10.2026) ; SRF et Blick (départements, octobre 2026) · Rang dès 2027 selonl’année d’élection, déduction de la rédactionEXPERTISTANDEFRGuy Parmelin, UDC, VD, éluen 2015, se retire au31.12.2026Se libèreDFAEIgnazio Cassis, PLR, TI, éluen 2017Dès 2027 : rang 1DFFKarin Keller-Sutter, PLR,SG, élue en 2018Dès 2027 : rang 2DETECAlbert Rösti, UDC, BE, éluen 2022Dès 2027 : rang 3 ou 4DFIElisabethBaume-Schneider, PS, JU,élue en 2022Dès 2027 : rang 3 ou 4DFJPBeat Jans, PS, BS, élu en2023 ; l’UDC vise le DFJP etle DDPSDès 2027 : rang 5DDPSMartin Pfister, Centre, ZG,élu en 2025 ; l’UDC citeaussi le DDPSDès 2027 : rang 6NouveauSuccession de GuyParmelin (UDC), élection le09.12.2026Dès 2027 : rang 7, choisit en dernier
Le Conseil fédéral en octobre 2026, avec département, parti, canton et année d’élection. L’ordre à partir de 2027 découle de l’année d’élection (déduction de la rédaction). Sources : Services du Parlement, UDC, SRF, « Blick ».

Il en découle pour l’essentiel trois scénarios. Si personne ne change de département, le nouveau membre reprend le DEFR. Si Beat Jans passe au DEFR, le DFJP se libère ; Martin Pfister peut alors choisir en premier entre le DDPS et le DFJP, et le nouveau membre hérite du département restant. Si Martin Pfister passe au DEFR, c’est le DDPS qui revient au nouveau membre. En théorie, des membres plus anciens pourraient aussi revendiquer le DEFR, mais les médias n’ont jusqu’ici cité que Beat Jans et Martin Pfister.

ScénarioDépartement libéréLe nouveau membre obtient
Personne ne changeDEFRDEFR
Beat Jans passe au DEFRDFJPDFJP ou DDPS, selon le choix de Martin Pfister
Martin Pfister passe au DEFRDDPSDDPS
Ce que l’ancienneté signifie pour le nouveau membre UDC (déduction de la rédaction)

Le passé montre comment s’en sortent les nouveaux venus. Après les élections du 05.12.2018, Karin Keller-Sutter a repris le DFJP, Viola Amherd le DDPS, et Guy Parmelin est passé au DEFR. « Les deux nouvelles élues ont plus ou moins dû prendre ce qui restait », avait alors déclaré le politologue Georg Lutz, de l’Université de Lausanne. En décembre 2023, Elisabeth Baume-Schneider a obtenu le Département de l’intérieur, qui se libérait, et le nouvel élu Beat Jans est devenu ministre de la Justice. « Le DFJP est actuellement le département le moins prisé de Berne », commentait Christa Gall, correspondante de SRF au Palais fédéral.

Ce qui se joue au Département de justice et police

Le DFJP traite, selon ses propres termes, « des questions relevant du droit, de la société, de la migration, de la sécurité et de la prévention ». Il comprend le Secrétariat d’État aux migrations (SEM), l’Office fédéral de la justice et l’Office fédéral de la police (fedpol), ainsi que des instituts comme celui de la propriété intellectuelle, plusieurs commissions et le Service de surveillance de la correspondance par poste et télécommunication.

Sur le plan politique, c’est le dossier de l’asile qui est au premier plan. Le nombre de nouvelles demandes d’asile est tombé à 27’740 en 2024, soit 8,2 % de moins que l’année précédente. En 2025, il a reculé pour la deuxième année consécutive, à 25’781 (moins 7,1 %). Pour 2026, le SEM table depuis le 17.09.2026, dans son scénario le plus probable, sur environ 22’000 demandes, contre 25’000 encore en début d’année. De janvier à septembre 2026, le SEM a enregistré 15’667 demandes d’asile, 17 % de moins que durant la même période de l’année précédente. S’y ajoutent les personnes en quête de protection venues d’Ukraine. En 2025, 12’897 demandes de statut de protection S ont été déposées, contre 16’616 l’année précédente. Fin 2025, 71’762 personnes bénéficiaient de ce statut, soit 3692 de plus qu’un an auparavant. Pour 2026, le SEM ne s’attend plus qu’à quelque 10’000 demandes de statut S, contre 12’000 en début d’année. Le 19.08.2026, le Conseil fédéral a décidé de ne pas lever le statut S avant le 04.03.2028, estimant qu’une stabilisation durable de la situation en Ukraine n’était pas en vue. Depuis le 20.08.2026, seules les personnes qui remplissent leurs éventuelles obligations militaires en Ukraine peuvent l’obtenir ; les cas existants ne sont pas concernés.

Moins de demandes d’asile, moins de demandes de statut SGraphique à barres : les demandes d’asile en Suisse en recul en 2024 et en 2025, de même que les demandes de statut de protection SASILEMoins de demandes d’asile, moins de demandes de statut SNouvelles demandes par an en Suisse. Pour 2026, le SEM prévoit environ 22’000 demandes d’asile (état au 17.09.2026)Demandes d’asileDemandes de statut de protection SSource : SEM, statistique en matière d’asile 2024 (17.02.2025) et 2025 (19.02.2026), statistique d’août 2026 (17.09.2026)EXPERTISTAN202427’74016’616202525’78112’897
Nouvelles demandes d’asile et demandes de statut de protection S. Pour 2026, le SEM prévoit, dans son scénario le plus probable, environ 22’000 demandes d’asile (état au 17.09.2026). Sources : SEM, statistique en matière d’asile 2024, 2025 et d’août 2026.

Le département n’a pas la cote. « Le Département de justice et police passe généralement pour impopulaire, pour un “département de débutants” », écrit Andy Müller, correspondant de SRF au Palais fédéral.

Les arguments de l’UDC

L’UDC justifie sa revendication par l’état du département. Sa force électorale lui donne du poids : le baromètre électoral la crédite de 29,9 % ; le DFJP, lui, est dirigé depuis 2024 par le socialiste Beat Jans. Lors de l’assemblée des délégués du 17.10.2026 à Bulle, le président du parti, Marcel Dettling, s’en est pris directement au ministre de la Justice : « Le conseiller fédéral socialiste Jans ferait mieux de s’occuper sérieusement du dossier de l’asile. » Et : « Près de 40 demandes de durcissement de la politique d’asile se trouvent désormais sur son bureau. » Le communiqué consacré à l’assemblée affirmait : « Face à l’inaction du ministre de la Justice Beat Jans, le peuple doit reprendre les choses en main. » Le directeur de campagne Manuel Strupler a lancé aux délégués : « Plus de Rösti plutôt que de Jans. »

Le conflit est antérieur à la vacance. Dès le printemps 2025, selon « Blick », les deux conseillers fédéraux UDC faisaient pression en coulisses : lors de la consultation des offices, Albert Rösti exigeait un « tournant en matière d’asile », et Guy Parmelin estimait qu’il fallait agir sans délai. En misant sur le conseiller d’État André Rüegsegger, ancien avocat, l’UDC schwytzoise voulait expressément se donner la possibilité de reprendre le DFJP, a rapporté AWP. André Rüegsegger a depuis renoncé. Plusieurs des personnes annoncées jugent le DFJP tout indiqué. En tant que juristes, Michael Graber et Franz Ruppen y seraient le plus à l’aise, mais en fin de compte, il faudrait assumer ce que décide le Conseil fédéral, écrit « Blick ». Selon blue News, Rémy Wyssmann s’estime le plus apte à diriger le DFJP, sans pour autant revendiquer un département en particulier.

En résumé, l’argument des partisans est le suivant : qui fait de la politique d’asile son thème central doit aussi en assumer la responsabilité. L’UDC pourrait mettre ses recettes à l’épreuve, mais devrait aussi accepter d’être jugée sur ses résultats.

Les objections : rocade, Département de l’économie, collégialité

La première objection est d’ordre pratique. Le DFJP ne se libère que si Beat Jans change de département. Le 04.10.2026, « Blick » rapportait, sous le titre « Beat Jans lorgne le DEFR », que Beat Jans pourrait vouloir passer au Département de l’économie ; l’article ne contient aucune prise de position de Beat Jans ou de son département. Le politologue bernois Adrian Vatter juge néanmoins un tel changement plausible : « Le scénario le plus probable serait que Beat Jans passe au Département de l’économie », a-t-il déclaré à SRF.

Le différend se déplace ainsi vers le DEFR. « Ce serait effectivement une situation exceptionnelle, car nous n’avons encore jamais eu de personnalité de gauche au Département de l’économie », a relevé Adrian Vatter. Selon lui, le camp bourgeois veut éviter qu’une personnalité de gauche imprime sa marque à la politique du logement ou du marché du travail. Le président d’Economiesuisse a insisté, selon SRF, sur l’importance de maintenir le Département de l’économie en mains bourgeoises. Selon SRF, le coprésident du PLR, Benjamin Mühlemann, s’est lui aussi opposé dans les journaux de Tamedia à un passage de Beat Jans au DEFR. « Mais voilà : les deux partis bourgeois redoutent aussi un ministre de l’Économie nommé Jans », écrivait Andy Müller, journaliste à SRF. L’alternative serait un passage de Martin Pfister au DEFR. « Les partis bourgeois et les associations soutiendraient cette solution », a indiqué Adrian Vatter, qui a toutefois ajouté : « Il faudrait alors aussi une décision politique à la majorité au sein du Conseil fédéral, ce qui n’est pas toujours bien vu. » Martin Pfister n’a pris la tête du DDPS qu’il y a un an et demi, « avec l’objectif d’y rester », écrit SRF. Le 10.10.2026, « 20 Minuten », citant CH Media, rapportait qu’un changement de département de Martin Pfister était discuté dans une partie de son parti et dans son entourage personnel. Le président du Centre, Philipp Matthias Bregy, a jugé cette discussion « déplacée au niveau du Parlement ». Jusqu’au 30.10.2026, les sources examinées ne contenaient aucune prise de position de Beat Jans ou de Martin Pfister.

La deuxième objection est plus fondamentale. Les départements sont répartis selon la collégialité et l’ancienneté, non selon les souhaits des partis. Selon « Blick », la disposition de l’UDC à laisser Beat Jans partir au DEFR relève « aussi de considérations tactiques » : Beat Jans devrait alors batailler avec les paysans et défendre le dossier européen. Des candidats soulignent eux aussi qu’ils ne se fixent pas sur un département. Lors du lancement de sa candidature, Céline Amaudruz s’est dite candidate au Conseil fédéral, et non à un département en particulier. À cela s’ajoute la brièveté du mandat : la personne élue siégera jusqu’au renouvellement intégral du Conseil fédéral en décembre 2027, soit, dans un premier temps, une année.

Les autres partis s’en tiennent surtout à des déclarations de principe. Il est légitime de se demander si un nouveau membre UDC doit reprendre le domaine de l’asile, a estimé le coprésident du PS, Cédric Wermuth, selon « 20 Minuten » du 03.10.2026 : « Mais cela reste l’affaire du Conseil fédéral. » Dans une enquête de « Schweiz heute » sur les exigences posées aux candidats de l’UDC, publiée le 24.10.2026 par le « Bote der Urschweiz », aucun des groupes parlementaires interrogés n’a cité de département précis. Le groupe du Centre veut savoir des candidats « s’ils soutiendront et défendront une décision du Conseil fédéral même lorsqu’elle ne correspond pas à la ligne de leur propre parti ».

Romandie, Tessin, femmes : le deuxième débat

Parallèlement à la question des départements, un deuxième débat est en cours. Aux termes de l’article 175 de la Constitution fédérale, « les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral ». Depuis la votation populaire du 07.02.1999, cette disposition remplace l’ancienne clause cantonale. Aujourd’hui, la Suisse latine occupe trois des sept sièges, avec Guy Parmelin, Elisabeth Baume-Schneider et Ignazio Cassis. Si la personne qui succède à Guy Parmelin ne venait pas de Suisse romande, Elisabeth Baume-Schneider serait, dès 2027, la seule représentante de la Romandie au sein du collège. La Suisse romande représente 25 % de la population et dispose donc en principe de deux des sept sièges au Conseil fédéral, écrivait la chaîne La Télé le 16.10.2026.

Historiquement, ce ne serait pas un cas isolé. Selon SRF, le Conseil fédéral n’a compté, à au moins quatre reprises depuis 1848, qu’un seul Romand et un seul Tessinois, la dernière fois dans les années 1960, avec Roger Bonvin et Nello Celio. La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a mis en garde dans la « Samstagsrundschau » de la radio SRF du 17.10.2026 : « La représentation des régions linguistiques est très importante pour la Romandie. » Et : « Il en va de la cohésion de la Suisse. » La revendication est également présente au sein même de l’UDC. Selon AWP, Céline Amaudruz estime qu’une Romande ou un Romand doit figurer sur le ticket. Le groupe PLR attend de l’UDC qu’elle tienne compte aussi de personnalités de Suisse latine dans la composition de son ticket, a indiqué son président, Damien Cottier, dans la même enquête du 24.10.2026.

D’autres relativisent. « D’une part, l’UDC est tout simplement moins bien implantée en Romandie », a déclaré en juillet à « Blick » Michael Hermann, directeur de Sotomo. « La représentation des cantons au Conseil fédéral passe de plus en plus au second plan. »

La troisième question concerne les femmes. « Aujourd’hui, le Conseil fédéral ne compte que deux femmes sur sept membres », relève SRF. Alliance F a demandé à l’UDC un ticket exclusivement féminin. Selon « Blick », un seul nom de femme a figuré jusqu’ici sur un ticket de l’UDC : celui de la conseillère d’État zurichoise Rita Fuhrer, en 2000. Céline Amaudruz serait la première femme que l’UDC ferait entrer au Conseil fédéral comme candidate officielle. « Si le plus grand parti de Suisse ne présentait aucune femme ni personne de Suisse romande pour le Conseil fédéral, il devrait s’en justifier », commentait Andreas Stüdli, correspondant de SRF au Palais fédéral.

Personne élueFrancophonesItalophonesGermanophonesFemmesCanton représenté deux fois
Céline Amaudruz (GE)2143Non
Pierre Alain Schnegg (BE)2142Berne (avec Rösti)
Marco Chiesa (TI)1242Tessin (avec Cassis)
Thomas Aeschi (ZG)1152Zoug (avec Pfister)
Gallati, Graber, Ruppen ou Wyssmann1152Non
La composition du Conseil fédéral à partir de 2027 selon la personne élue (déduction de la rédaction, membres par langue)
Photo de groupe du Conseil fédéral après l'élection du 12.03.2025
Photo de groupe après l’élection au Conseil fédéral du 12.03.2025, lors de laquelle Martin Pfister a été élu. Photo : Chancellerie fédérale, Attribution, via Wikimedia Commons

La succession de Guy Parmelin et les élections de 2027

L’élection de remplacement est aussi un prélude. La personne élue siégera jusqu’à la fin de la législature en cours ; les élections au Conseil national auront lieu en octobre 2027, le renouvellement intégral du Conseil fédéral en décembre 2027. Dans le baromètre électoral SSR, pour lequel Sotomo a interrogé en ligne 25’092 personnes ayant le droit de vote du 10.09.2026 au 23.09.2026, l’UDC atteint 29,9 %, soit deux points de pourcentage de plus qu’aux élections de 2023. Le PS progresse à 19,3 %. Le PLR (13,3 %) et le Centre (12,6 %) reculent, les Vert-e-s atteignent 10,3 %, les Vert’libéraux 7,1 %. La marge d’erreur est de plus ou moins 1,2 point de pourcentage.

L’UDC progresse, le PLR et le Centre reculentGraphique à barres : baromètre électoral SSR de septembre 2026, avec l’UDC à 29,9 %, le PS à 19,3, le PLR à 13,3, le Centre à 12,6, les Vert-e-s à 10,3 et les Vert’libéraux à 7,1 %AVANT LES ÉLECTIONS DE 2027L’UDC progresse, le PLR et le Centre reculentParts électorales en pour cent. Baromètre électoral : sondage en ligne du 10.09.2026 au 23.09.2026, marge d’erreur de ±1,2 point depourcentageÉlections au Conseil national de 2023Baromètre électoral SSR de septembre 2026Source : Sotomo sur mandat de la SSR, publié le 16.10.2026 (AWP, blue News) ; résultats 2023 recalculés à partir des variations indiquées parAWPEXPERTISTANUDC27,9 %29,9 %PS18,3 %19,3 %PLR14,3 %13,3 %Centre14,1 %12,6 %Vert-e-s9,8 %10,3 %PVL7,6 %7,1 %
Parts électorales aux élections au Conseil national de 2023 et dans le baromètre électoral SSR du 16.10.2026 (sondage de septembre 2026). Source : Sotomo sur mandat de la SSR, via AWP et blue News ; résultats de 2023 calculés à partir des variations.

Pour la formule magique, c’est surtout la troisième place qui est délicate. L’écart entre le PLR et le Centre se situe dans la marge d’erreur. Selon une analyse de SRF publiée après les élections de 2023, un peu plus de 14 % des suffrages constituent la valeur de référence pour un siège au Conseil fédéral. « La lutte pour la troisième place pourrait se jouer au coude-à-coude », déclarait Michael Hermann dès octobre 2025. Le président du groupe PLR, Damien Cottier, écartait alors la question : « La discussion doit avoir lieu après les élections. Mais en l’état, cela reste un sondage. » La présidente du groupe du Centre, Yvonne Bürgin, rétorquait : « Les élections de 2027 seront décisives. »

Le déroulement de l’élection du 09.12.2026

Est élue la personne dont le nom figure sur plus de la moitié des bulletins valables ; les bulletins blancs ou nuls ne sont pas pris en compte, et le vote est secret. Aux deux premiers tours, toutes les personnes éligibles peuvent obtenir des voix, sans candidature préalable. À partir du troisième tour, aucune nouvelle candidature n’est admise. Dès le deuxième tour, est éliminée toute personne qui obtient moins de dix voix. Si toutes ont obtenu au moins dix voix, est éliminée dès le troisième tour celle qui en a obtenu le moins, sauf si plusieurs personnes ont obtenu ce même nombre de voix. La loi sur le Parlement ne prévoit plus de tirage au sort : en cas d’égalité des voix, l’élection se poursuit jusqu’à ce qu’une personne obtienne la majorité absolue. La personne élue déclare si elle accepte son élection. Lors d’une élection de remplacement, elle entre en fonction deux mois au plus tard après son élection. La démission de Guy Parmelin prenant effet le 31.12.2026, le nouveau membre devrait entrer en fonction le 01.01.2027.

Les dernières élections au Conseil fédéral montrent que même des élections avec un ticket officiel peuvent nécessiter plusieurs tours. Lors du renouvellement intégral du 13.12.2023, Beat Jans a été élu au troisième tour avec 134 voix. Lors de l’élection de remplacement du 12.03.2025, Martin Pfister a manqué d’une seule voix la majorité absolue de 123 voix au premier tour, avec 122 voix, avant d’être élu au deuxième avec 134 voix.

Le Palais fédéral pavoisé, sur la place Fédérale à Berne, de nuitLe Palais fédéral ouest à Berne, avec la fontaine BernaLa salle du Conseil national au Palais fédéral, où l'Assemblée fédérale (Chambres réunies) élit le Conseil fédéral
Les lieux de la succession de Guy Parmelin : le Palais fédéral sur la place Fédérale, le Palais fédéral ouest et la salle du Conseil national, où l’Assemblée fédérale (Chambres réunies) élit le Conseil fédéral. Photos : Axel Tschentscher (CC BY-SA 4.0), Superikonoskop (CC BY-SA 4.0), Services du Parlement (Attribution), via Wikimedia Commons

Le calendrier de la succession de Guy Parmelin

09.12.2015 Élection de Guy Parmelin au troisième tour
Janvier 2016 Entrée en fonction à la tête du DDPS
Janvier 2019 Passage au DEFR
02.10.2026 Annonce de la démission pour le 31.12.2026 ; l’UDC désigne le DFJP et le DDPS comme priorités
16.10.2026 Nouveau baromètre électoral SSR, l’UDC à 29,9 %
23.10.2026 Fin du délai d’inscription à 12 h, l’UDC annonce huit candidatures
29.10.2026 Le président de la commission, Caspar Baader, confirme que les huit personnes annoncées seront toutes auditionnées d’ici au 13.11.2026, y compris Thomas Aeschi, dont la décision reste en suspens
13.11.2026 Fin des auditions et proposition de la commission de sélection au comité du groupe parlementaire (date prévue)
20.11.2026 Décision du groupe parlementaire sur la proposition d’élection (date prévue)
09.12.2026 Élection de remplacement par l’Assemblée fédérale (Chambres réunies)
31.12.2026 La démission prend effet
Octobre 2027 Élections au Conseil national
Décembre 2027 Renouvellement intégral du Conseil fédéral
Vidéo : « Huit candidats UDC annoncés pour succéder à Guy Parmelin », RTS, 19h30, 23.10.2026, 2 minutes.

Arena : l’UDC doit-elle reprendre le Département de justice et police ?

Pour : oui, qui critique doit faire ses preuves

  • L’UDC qualifie le DFJP et le DDPS de départements « confrontés aux plus grands défis à venir et au déficit de direction le plus marqué » (UDC, 02.10.2026).
  • L’asile et la migration font partie des thèmes centraux sur lesquels la commission de sélection examine les candidatures (UDC, 23.10.2026).
  • L’UDC est le premier parti du pays et atteint 29,9 % dans le baromètre électoral SSR du 16.10.2026 ; le DFJP est dirigé depuis 2024 par le socialiste Beat Jans (Sotomo, SRF).
  • Selon la direction du parti, près de 40 demandes de durcissement attendent sur le bureau du ministre de la Justice (discours de Marcel Dettling, 17.10.2026).
  • Plusieurs candidats jugent le DFJP tout indiqué (Blick, blue News).
  • Pour le politologue Adrian Vatter, un passage de Beat Jans au DEFR est le scénario le plus probable (SRF, 07.10.2026).

Contre : non, les départements ne sont pas un butin partisan

  • C’est l’ensemble du Conseil fédéral qui attribue les départements, non un parti (fiche d’information des Services du Parlement).
  • Le DFJP ne se libère que si Beat Jans change de département ; selon Adrian Vatter, une personnalité de gauche au DEFR serait « une situation exceptionnelle » (SRF).
  • Le nombre de nouvelles demandes d’asile a baissé en 2024 et en 2025 ; de janvier à septembre 2026, il était inférieur de 17 % à celui de la même période de l’année précédente ; pour 2026, le SEM n’en attend plus qu’environ 22’000 (SEM, 17.09.2026 et 15.10.2026).
  • Des candidats soulignent eux-mêmes que c’est le Conseil fédéral qui décide : « Il faut assumer ce que le Conseil fédéral décide alors en tant que collège » (Franz Ruppen).
  • Jusqu’au renouvellement intégral de décembre 2027, la personne élue ne siégera dans un premier temps qu’une année (Services du Parlement).
  • Selon « Blick », des considérations tactiques entrent aussi en jeu : au DEFR, Beat Jans devrait batailler avec les paysans et défendre le dossier européen (Blick, 02.10.2026).

Commentaire : qui veut le dossier de l’asile doit aussi vouloir l’assumer

L’UDC a raison de revendiquer la responsabilité du dossier de l’asile. Un parti qui, selon le baromètre électoral, peut compter sur près de 30 % de l’électorat et qui fait de la migration l’un de ses thèmes centraux ne devrait pas se contenter de critiquer de l’extérieur. La concordance suppose que les grandes forces politiques prennent leurs responsabilités là où elles voient les plus grands problèmes. La responsabilité individuelle ne vaut pas seulement pour les citoyennes et les citoyens, elle vaut aussi pour les partis.

Mais les départements ne sont pas un butin de guerre. La loi en confie la répartition au Conseil fédéral. C’est bien ainsi. Qui reprend un département parce qu’un parti fait pression commence son mandat en soldat de son parti, et non en membre d’une autorité collégiale. Se porter candidat au Conseil fédéral, et non à un département, est plus conforme au principe de collégialité que tout engagement pris à l’avance.

La bonne voie est donc simple. Si Beat Jans veut passer au Département de l’économie, les membres bourgeois du collège ne devraient pas l’en empêcher par tactique partisane. Le nouveau membre UDC devrait alors reprendre le Département de justice et police et accepter d’être jugé sur ses résultats. Si Beat Jans veut rester, l’UDC doit le respecter et diriger le Département de l’économie avec le même sérieux. En octobre 2027, ce sont les électrices et les électeurs qui jugeront le bilan du parti ; en décembre 2027, l’Assemblée fédérale se prononcera sur la réélection.

L’UDC ne devrait toutefois pas oublier une chose. Le nombre de demandes d’asile baisse depuis 2024, et le statut de protection S reste une tâche de longue haleine. Ce n’est pas sans raison que le Département de justice et police passe pour ingrat. Qui le dirige ne peut plus montrer les autres du doigt. C’est précisément là que réside la valeur de l’exercice : la responsabilité que l’on assume est plus honnête que la critique qui ne coûte rien.

Toutes les données sont arrêtées au 30.10.2026. La liste des candidats, le calendrier, les chiffres de l’asile et les prises de position des partis ont été mis à jour à cette date ; les déclarations des candidats sur la question des départements reflètent l’état au 23.10.2026. Au moment de boucler cet article, on ignorait encore si Thomas Aeschi serait candidat et combien de noms compterait le ticket. Les parts électorales de 2023 ont été recalculées à partir des variations du baromètre électoral. Les propos tenus en français sont reproduits dans leur formulation originale et les textes publiés en français par les autorités ou les partis dans cette version ; lorsque la formulation originale n’a pu être retrouvée, les propos sont rendus au discours indirect. Expertistan rend compte de positions, non de personnes ; nous laissons de côté les affaires personnelles des candidats. Les citations prononcées dans une autre langue ont été traduites par la rédaction. Les sources sont citées dans leur langue d’origine.

Sur le même sujet : Accord douanier avec Trump : la Suisse paie, remercie et se fait tout de même sanctionner (en allemand) · Bilatérales III : le traité qui divise la Suisse avant même qu’elle l’ait lu (en allemand) · Un demi pour cent pour l’armée : qui doit payer le réarmement de la Suisse (en allemand)

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