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samedi 31 octobre 2026
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La Suisse. Sans fard. Débattue.
Suisse · Impôts · Mariage · Imposition individuelle
Votation du 29.11.2026

Initiative pour l’équité : le Centre défie le oui à l’imposition individuelle

Le 08.03.2026, le peuple a dit oui à l'imposition individuelle. Le 29.11.2026, il se prononce sur le modèle inverse : l'initiative pour l'équité du Centre veut continuer d'imposer conjointement les couples mariés au niveau fédéral et interdire la pénalisation du mariage. Le Conseil fédéral met en garde contre un chaos fiscal, les sondages se contredisent. Analyse de quarante ans de querelle, de coûts qui se chiffrent en milliards et de la question de savoir qui, au bout du compte, en profite.

Deux alliances en or
Photo : Johannes Munz, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le 08.03.2026, la Suisse a décidé de la manière dont les couples mariés seront imposés à l’avenir : chacun séparément, quel que soit son état civil. Environ 54 % des votants ont dit oui à l’imposition individuelle. Elle s’appliquera dès le 01.01.2032 à l’échelon fédéral, cantonal et communal. Ainsi prenait fin, semblait-il, une querelle qui occupe la politique suisse depuis plus de quarante ans.

Neuf mois plus tard, la voici de retour dans les urnes. Le dimanche 29.11.2026, le peuple et les cantons se prononcent sur l’initiative pour l’équité du Centre. Son titre officiel est « Oui à des impôts fédéraux équitables pour les couples mariés », complété par « Pour enfin en finir avec la discrimination du mariage ! » Elle demande le contraire de ce qui a été décidé en mars : pour l’impôt fédéral direct, les revenus des époux doivent continuer d’être additionnés. Parallèlement, les couples mariés ne doivent pas être désavantagés par rapport aux autres contribuables. La pénalisation du mariage serait ainsi interdite par la Constitution.

La ministre des Finances Karin Keller-Sutter, qui a lancé le 13.10.2026 la campagne du Conseil fédéral contre l’initiative, estime la question réglée. « L’objectif de supprimer la pénalisation du mariage est déjà atteint avec l’acceptation de l’imposition individuelle », a-t-elle déclaré. Un oui conduirait selon elle à deux systèmes fiscaux contradictoires : « Ce serait un scénario fâcheux et compliqué. » Le Centre voit les choses autrement. En mars, fait-il valoir, seul le modèle de l’imposition individuelle était soumis au vote, et non l’imposition commune des couples mariés. Les sondages se contredisent : dans celui de Leewas pour Tamedia et « 20 Minuten », le non menait par 51 % contre 38 % ; dans le premier sondage SSR et dans celui de YouGov, le oui était en tête avec 55 % et 57 %.

En brefInitiative populaire « Oui à des impôts fédéraux équitables pour les couples mariés »
VotationDimanche 29.11.2026, majorité du peuple et des cantons requise
TeneurNouvel article 128, alinéa 3bis, de la Constitution fédérale : « Les revenus des époux sont additionnés. La loi veille à ce que les époux ne soient pas désavantagés par rapport aux autres contribuables. »
Champ d’applicationUniquement l’impôt fédéral direct ; les impôts cantonaux et communaux ne sont pas directement touchés
DélaiLoi dans les trois ans, sinon ordonnance du Conseil fédéral instaurant un calcul alternatif de l’impôt
AuteurLe Centre, soutenu par le PEV lors de la récolte des signatures
Signatures101’382 valables, déposées le 27.03.2024
ParlementRecommandation de rejet par 102 voix contre 97 au Conseil national et par 24 voix contre 20 au Conseil des États (votes finaux du 19.06.2026)
RecommandationConseil fédéral et Parlement : non
L’initiative en un coup d’œil. Sources : Chancellerie fédérale, explications du Conseil fédéral, Services du Parlement.

Ce que demande l’initiative pour l’équité

L’initiative inscrit dans la Constitution que le couple marié demeure une unité fiscale pour l’impôt fédéral direct. Ses revenus sont additionnés, une déclaration d’impôt commune suffit. La nouveauté serait l’interdiction de tout désavantage : les couples mariés ne pourraient pas payer davantage d’impôt fédéral que des personnes non mariées se trouvant dans une situation économique équivalente. Seule la pénalisation du mariage serait donc interdite. Les couples mariés qui paient aujourd’hui moins que les couples de concubins conserveraient leur avantage, ce qu’on appelle le bonus de mariage.

L’initiative laisse au Parlement le soin de déterminer comment atteindre l’égalité de traitement. Les explications du Conseil fédéral évoquent trois modèles. Avec le splitting intégral, le revenu commun est divisé par deux pour le calcul du taux d’imposition. Avec le splitting partiel, le diviseur se situe entre un et deux. Avec le calcul alternatif de l’impôt, l’administration fiscale calcule l’impôt deux fois : une fois pour le couple marié, une fois comme si les conjoints n’étaient pas mariés. C’est le plus faible des deux montants qui est facturé.

Ce troisième modèle est le plan de secours de l’initiative. Si, au bout de trois ans, le Parlement n’a fait entrer en vigueur aucune loi de mise en œuvre, le Conseil fédéral doit introduire le calcul alternatif de l’impôt par voie d’ordonnance. Selon la Confédération, ce serait le cas au plus tard en 2030. Le président du Centre, Philipp Matthias Bregy, décrit la procédure comme une déclaration d’impôt à deux colonnes et à deux formules de calcul.

Question intermédiaire · Votez, puis poursuivez la lecture
L'imposition commune des couples mariés dans la Constitution ?
Oui, abolir la pénalisation du mariage 50 %Non, le peuple a tranché 50 %
2 votes
Le bâtiment du Tribunal fédéral à Lausanne
Le Tribunal fédéral à Lausanne. En 1984, il a jugé que les couples mariés ne devaient pas payer plus d’impôts que les couples de concubins disposant du même revenu global. En 2019, il a annulé la votation sur l’initiative du PDC. Photo : Roland Zumbuehl, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Quarante ans de pénalisation du mariage

La querelle commence en 1984 à Lausanne. Dans l’arrêt Hegetschweiler, le Tribunal fédéral a établi que les couples mariés ne pouvaient être astreints à payer plus d’impôts que les couples de concubins disposant du même revenu global. Les cantons ont adapté leurs lois fiscales dans les années qui ont suivi ; la Confédération n’a atténué la charge supplémentaire que partiellement, par exemple en 2008 avec une déduction pour personnes mariées et une déduction pour double revenu plus élevée. C’est pourquoi la pénalisation du mariage concerne aujourd’hui surtout l’impôt fédéral direct ; au niveau cantonal, elle ne subsiste plus qu’en partie, selon le Conseil fédéral. L’Administration fédérale des contributions parle de pénalisation du mariage lorsqu’un couple marié paie au moins 10 % d’impôts de plus qu’un couple non marié se trouvant dans une situation économique équivalente. Sont surtout touchés les couples à deux revenus et les couples de retraités.

La première tentative du Centre, qui s’appelait alors encore PDC, s’est soldée par l’un des pires ratés de l’histoire des votations suisses. Le 28.02.2016, l’initiative « Pour le couple et la famille » a échoué de justesse devant le peuple avec 49,2 % de oui, alors qu’elle avait obtenu la majorité des cantons. La brochure explicative faisait état d’environ 80’000 couples mariés à deux revenus concernés. En 2018, la Confédération a corrigé ce chiffre et l’a porté à 454’000. Avec quelque 250’000 couples de retraités, ce sont donc 704’000 couples mariés qui étaient touchés. Le 10.04.2019, le Tribunal fédéral a annulé la votation, une première pour un objet fédéral. Le scrutin n’a jamais été répété : les initiants ont retiré leur texte en 2020, notamment parce qu’il définissait le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme.

En 2019 déjà, le Conseil fédéral avait lui aussi échoué. Son projet « Imposition équilibrée des couples et de la famille » prévoyait pour l’essentiel le même calcul alternatif de l’impôt que celui qui figure aujourd’hui dans la disposition transitoire de l’initiative. « C’est un compromis judicieux », déclarait alors le conseiller aux États PDC soleurois Pirmin Bischof. Le Conseil des États et le Conseil national l’ont pourtant renvoyé au Conseil fédéral, le Conseil national en décembre 2019 par 113 voix contre 80. On lui reprochait de désavantager les couples de concubins et de laisser subsister des taux marginaux d’imposition élevés pour les personnes réalisant le revenu secondaire.

Le oui de mars

La percée est venue du PLR. Les Femmes PLR ont lancé l’initiative pour des impôts équitables, et le Conseil fédéral a présenté l’imposition individuelle comme contre-projet. Le Parlement l’a approuvée de justesse ; au Conseil des États, il a fallu à plusieurs reprises la voix prépondérante du président. Plusieurs cantons ont lancé le référendum contre la loi, pour la deuxième fois seulement dans l’histoire de l’État fédéral. Le 08.03.2026, le peuple l’a acceptée par environ 54 % des voix. Une majorité de cantons a dit non, mais une loi n’est pas soumise à la majorité des cantons.

L’imposition individuelle supprime à la fois la pénalisation et le bonus de mariage au niveau fédéral. Chaque personne remplit sa propre déclaration d’impôt, soit environ 1,7 million de déclarations de plus qu’aujourd’hui. La déduction pour enfants dans l’impôt fédéral direct passe à 12’000 francs, répartie à parts égales entre les parents. La Confédération estime la diminution des recettes de l’impôt fédéral direct à quelque 630 millions de francs par an. Le 19.08.2026, le Conseil fédéral a fixé l’entrée en vigueur de la loi au 01.01.2032, la date la plus tardive possible.

Le Centre n’a pas retiré son initiative pour autant. « C’est une initiative, c’est donc le peuple qui a le dernier mot », déclarait la présidente du groupe du Centre, Yvonne Bürgin, citée par SRF au lendemain du vote. De la loi de mars ou de l’initiative de novembre, laquelle fixera le cap : telle est depuis lors la véritable question de ce scrutin.

Un système fiscal, deux logiques

Un oui placerait la Suisse dans une situation inédite. L’initiative ne vaut que pour la Confédération. La loi sur l’imposition individuelle resterait valable, comme l’a relevé l’Administration fédérale des contributions dans un rapport du 02.04.2026 adressé à la commission de l’économie et des redevances du Conseil des États. Sans adaptation, les couples mariés seraient imposés dès 2032 individuellement par les cantons et les communes, mais conjointement par la Confédération. Selon ce rapport, la coexistence des deux systèmes soulèverait de grandes difficultés d’exécution. Les explications du Conseil fédéral avertissent que l’acceptation de l’initiative « pourrait donner lieu à des systèmes contradictoires ».

Pour lever cette contradiction, le Parlement devrait modifier la loi sur l’imposition individuelle. Cette modification pourrait à son tour faire l’objet d’un référendum. Au Conseil des États, Karin Keller-Sutter a évoqué un enchaînement qui sonne « comme un mouvement perpétuel ». Les opposants voient dans la démarche du Centre une tentative de revenir sur une décision populaire. « On a l’impression qu’on pourrait effacer une votation simplement parce qu’elle ne nous a pas plu », a déclaré en juin la conseillère aux États socialiste bâloise Eva Herzog. Le conseiller aux États PLR grison Martin Schmid a trouvé « intellectuellement intéressante » la coexistence de deux initiatives contradictoires, tout en précisant : « Mais nous devrions accepter la décision populaire de mars. C’est pourquoi je vote non par conviction. »

Les partisans contestent que le vote de mars ait tranché la question. Le peuple « a dit oui à la suppression de la pénalisation du mariage », fait valoir Philipp Matthias Bregy, « mais pas à un modèle ». La conseillère aux États lucernoise du Centre Andrea Gmür-Schönenberger l’a formulé ainsi : « Le oui du 8 mars n’est pas un non à l’initiative pour l’équité. » De fait, le modèle du Centre n’était pas soumis au vote en mars. La loi sur l’imposition individuelle était un contre-projet à l’initiative du PLR, et non à l’initiative pour l’équité.

Qui gagne, qui perd

Selon une estimation de l’Administration fédérale des contributions pour 2022, quelque 690’000 couples mariés subissent une pénalisation du mariage en matière d’impôt fédéral direct, et environ 630’000 bénéficient d’un bonus de mariage. Le Conseil fédéral admet qu’il existe une « incertitude considérable » quant à ces estimations, car les données fiscales ne montrent pas comment le revenu se répartit entre les conjoints. Après la débâcle de 2016, ce n’est pas un détail.

De 80’000 à 454’000 couples à deux revenus : le chiffre qui a fait annuler une votationGraphique : estimations de la Confédération sur le nombre de couples mariés touchés par la pénalisation du mariage ou bénéficiant du bonus de mariage depuis 2016PÉNALISATION DU MARIAGE · ESTIMATIONS DE LA CONFÉDÉRATIONDe 80’000 à 454’000 couples à deux revenus : le chiffre quia fait annuler une votationCouples mariés dont la charge fiscale est plus lourde ou plus légère en matière d’impôt fédéral direct, dès 2018 avec un seuil de 10 %Pénalisation du mariageBonus de mariageSources : brochure explicative 2016, message additionnel 2019 (correction de 2018), message 2025, explications 2026. Années de référenceet méthodes différentes.EXPERTISTAN2016 : brochure explicative (couples àdeux revenus seulement)80’000pas d’indication2018 : correction de la Confédération(y c. 250’000 couples de retraités)704’000382’0002025 : message670’000650’0002026 : explications du Conseil fédéral690’000630’000
Combien de couples mariés subissent une pénalisation du mariage ? Les estimations successives de la Confédération : en 2016, seuls les couples mariés à deux revenus ; dès 2018, tous les couples mariés supportant une charge supplémentaire d’au moins 10 % dans l’impôt fédéral direct. Années de référence et méthodes différentes : chiffres comparables sous réserve seulement. Sources : brochure explicative 2016, message additionnel 2019, message 2025, explications 2026. Graphique : Expertistan

Le Conseil fédéral dit clairement dans ses explications qui en profiterait : « Par rapport à la situation actuelle, ce sont surtout les couples mariés disposant de deux revenus élevés et comparables qui bénéficieront de ce nouveau mode de calcul de l’impôt. » Dans la mise en œuvre la moins coûteuse, avec des allègements d’environ 680 millions de francs, les couples mariés dont les revenus sont très inégaux ainsi que les personnes non mariées avec enfants devraient même, selon les explications, payer davantage qu’aujourd’hui. Rien ne changerait pour les personnes non mariées sans enfants. Mais seuls les couples mariés auraient droit au plus avantageux des deux montants. « Les couples non mariés se retrouvent avec le montant potentiellement plus élevé sur les bras », a critiqué la Verte saint-galloise Franziska Ryser au Conseil national.

Un regard en arrière montre où l’argent pourrait aller. Pour le projet de 2019, selon le message additionnel du Conseil fédéral, environ 88 % des allègements seraient allés à des contribuables dont le revenu imposable atteignait 100’000 francs ou plus, et qui représentaient au total un peu moins de 12 % des contribuables. Ces chiffres portent sur le paquet de l’époque, qui comprenait, outre le calcul alternatif de l’impôt, des allègements pour les couples de retraités et une déduction pour les couples mariés à un seul revenu, et non sur l’initiative actuelle. Pour celle-ci, la Confédération n’a publié aucun calcul de répartition comparable.

Qui aurait profité des allègementsGraphique : répartition des allègements prévus par le projet de 2019 sur la pénalisation du mariage, par classe de revenuPÉNALISATION DU MARIAGE · LA LEÇON DE 2019Qui aurait profité des allègementsObjet 18.034 avec calcul alternatif de l’impôt : part des allègements et part de l’ensemble des contribuables selon le revenuimposable, en pour centPart des allègementsPart des contribuablesSource : message additionnel du Conseil fédéral de 2019, statistique de l’impôt fédéral direct 2015. Concerne le paquet de l’époque, pasl’initiative actuelle.EXPERTISTANjusqu’à 49’900 fr.0,4 %54,2 %50’000 à 99’900 fr.11,3 %34,0 %100’000 à 199’900 fr.40,5 %9,7 %200’000 à 499’900 fr.41,0 %1,8 %dès 500’000 fr.6,8 %0,3 %
Où seraient allés les allègements en 2019 : part des allègements et part de l’ensemble des contribuables selon le revenu imposable, en %. Objet 18.034 avec calcul alternatif de l’impôt, statistique de l’impôt fédéral direct 2015. Source : message additionnel du Conseil fédéral 2019. Graphique : Expertistan

Les partisans font un autre calcul. Le conseiller aux États zougois du Centre Peter Hegglin a présenté au Conseil des États l’exemple d’une famille disposant d’un revenu de 150’000 francs. Si les parents se partagent le revenu à parts égales, ils paient selon son calcul 227 francs d’impôt fédéral sous le régime de l’imposition individuelle, soit 1108 francs de moins qu’aujourd’hui. Si un seul des parents a un revenu, la famille paie 4928 francs d’impôt fédéral sous le régime de l’imposition individuelle, soit 2500 francs de plus qu’aujourd’hui. « Est-ce juste ? » a demandé Peter Hegglin. Les comptes rendus des médias ne disent pas sur quelles hypothèses repose ce calcul, par exemple quant au nombre d’enfants et aux déductions.

Ce qu’elle coûterait

L’initiative pour l’équité coûterait plus cher que l’imposition individuelle. Selon le modèle retenu, le Conseil fédéral table sur une diminution de recettes de 680 millions à 3 milliards de francs par an. Comme les cantons reçoivent 21,2 % de l’impôt fédéral direct, ils en supporteraient environ un cinquième, soit 140 à 640 millions de francs. Le calcul alternatif de l’impôt serait la variante la moins coûteuse, le splitting intégral la plus chère. Selon l’ATS, le conseiller national du Centre Markus Ritter a qualifié pendant le débat ces estimations de pures vues de l’esprit, tant que le Parlement n’aurait pas élaboré les barèmes et les modèles avec les cantons.

La variante la plus chère coûte près de cinq fois plus que l’imposition individuelleGraphique : pertes fiscales de l’initiative pour l’équité comparées à celles de l’imposition individuelleINITIATIVE POUR L’ÉQUITÉ · PERTES FISCALESLa variante la plus chère coûte près de cinq fois plus quel’imposition individuelleDiminution des recettes de l’impôt fédéral direct par an, en millions de francs. Plein : estimation basse ; hachuré : fourchette jusqu’àl’estimation hauteImposition individuelle (adoptée)Variantes de l’initiative pour l’équitéSources : explications 2026 (calcul alternatif de l’impôt, fourchette totale de 680 millions à 3 milliards de francs), message 2025 (splittingpartiel et intégral, année fiscale 2025). Les cantons en supportent environ un cinquième.EXPERTISTAN050010001500200025003000Imposition individuelleenviron 630Calcul alternatif de l’impôt680 à 1400Splitting partiel (facteur 1,7)1500 à 2200Splitting intégral (facteur 2)2400 à 3100
Ce que coûtent les variantes : diminution des recettes de l’impôt fédéral direct par an, en millions de francs. En plein, l’estimation basse ; en hachures, la fourchette jusqu’à l’estimation haute. Sources : message du Conseil fédéral 2025, explications 2026. Graphique : Expertistan

Ces coûts tombent à un moment où la Confédération cherche de l’argent. Le même jour, la Suisse vote sur un relèvement de la TVA destiné à financer la 13e rente AVS, et le Parlement examine un nouveau relèvement en faveur de l’armée. Le message du Conseil fédéral signale en outre un effet qui dépasse la seule caisse fédérale : « Selon des études empiriques, les personnes réalisant le revenu secondaire du ménage réagissent plus fortement à l’imposition fiscale que celles réalisant le revenu principal. » Dans l’imposition commune, le second revenu s’ajoute au premier et se trouve dès lors imposé au taux marginal plus élevé du couple. L’égalité entre femmes et hommes « n’est donc pas autant encouragée », écrit le Conseil fédéral.

Les camps

Le Centre et l’UDC, dont les groupes ont voté oui en bloc au Parlement, soutiennent l’initiative. Le Centre a lancé sa campagne lors de son assemblée des délégués du 05.09.2026 à Granges-Paccot. « Le mariage ne doit plus être désavantagé », a déclaré Philipp Matthias Bregy. Le comité d’initiative invoque la réalité vécue : activité lucrative, garde des enfants et soins aux proches se répartissent différemment d’un couple marié à l’autre. Les couples de retraités, en particulier, ne pourraient plus modifier la répartition des tâches des décennies passées. Dans les explications, le comité résume sa revendication en une phrase : « L’équité signifie qu’à situation économique identique, la charge fiscale est également identique. »

Le Conseil fédéral et la majorité du Parlement s’y opposent. Le PLR, les Vert’libéraux, le PS et les Vert-e-s ont voté non en bloc au Parlement. L’association industrielle Swissmem recommande elle aussi le non. Elle met en garde contre un double système fiscal entraînant une charge supplémentaire considérable et craint que la contribution de l’imposition individuelle à la lutte contre la pénurie de main-d’œuvre qualifiée ne soit perdue. Le conseiller aux États PLR d’Appenzell Rhodes-Extérieures Andrea Caroni a averti qu’un oui créerait « une situation impossible ».

Les votes au Parlement ont rarement été aussi serrés. La commission de l’économie et des redevances du Conseil national a recommandé le rejet de l’initiative par 13 voix contre 12, celle du Conseil des États par 7 voix contre 6. Lors des votes finaux du 19.06.2026, la recommandation de rejet l’a emporté par 102 voix contre 97 au Conseil national et par 24 voix contre 20 au Conseil des États. Les camps sont presque les mêmes qu’en 2016 : à l’époque, le PDC, l’UDC, le PEV et l’UDF soutenaient l’initiative, tandis que le PLR, le PS, les Vert-e-s, les Vert’libéraux et le PBD la rejetaient.

Arena : faut-il imposer les couples mariés conjointement ?

Pour : oui à l’initiative

  • La pénalisation du mariage disparaît au niveau fédéral, plus de quarante ans après l’arrêt du Tribunal fédéral.
  • Le couple marié reste une unité économique ; une déclaration d’impôt commune suffit.
  • L’État n’impose aucun modèle de vie aux familles ; les familles à revenu unique sont elles aussi prises en compte.
  • Les couples de retraités ne peuvent plus modifier la répartition des tâches des décennies passées et restent imposés conjointement.
  • Le modèle du Centre n’était pas soumis au vote en mars ; le peuple doit pouvoir se prononcer à son sujet.

Contre : non à l’initiative

  • Le peuple a tranché en mars : avec l’imposition individuelle, la pénalisation du mariage disparaîtra dès 2032.
  • Deux systèmes risquent de coexister : imposition commune au niveau fédéral, imposition individuelle dans les cantons et les communes.
  • La pénalisation disparaît, le bonus demeure : les couples non mariés sont défavorisés.
  • Une diminution de recettes de 680 millions à 3 milliards de francs par an, dont un cinquième à la charge des cantons.
  • Ce sont surtout les couples mariés à deux hauts revenus qui en profiteraient.
  • Des incitations plus faibles à exercer une activité lucrative pour les personnes réalisant le revenu secondaire, le plus souvent des femmes.

Les sondages : des signaux contradictoires

Les trois sondages ne désignent pas le même camp gagnant. Dans la première enquête de Leewas pour Tamedia et « 20 Minuten », menée les 07 et 08.10.2026, l’initiative était distancée, à 38 % contre 51 %. YouGov a en revanche mesuré, du 07 au 19.10.2026, 57 % de oui et 29 % de non, et gfs.bern, dans le premier sondage de tendance réalisé pour la SSR du 05 au 18.10.2026, 55 % de oui, 34 % de non et 11 % d’indécis. Aucune des sources n’explique cet écart. gfs.bern intitule son constat « Courte avance du Oui » et relève que « cette avance reste toutefois fragile » : seuls 35 % sont fermement décidés à voter oui, 20 % à voter non. Le soutien est le plus fort chez les sympathisants du Centre, avec 71 %, et de l’UDC, avec 64 % ; chez ceux du PS et des Vert-e-s, il atteint 40 % dans les deux cas. Les personnes mariées ou liées par un partenariat enregistré soutiennent l’initiative à 65 %, les personnes célibataires à 41 %. « Le fait d’être soi-même concerné joue un grand rôle », a déclaré à SRF Corina Schena, de gfs.bern. Rien n’est joué pour autant : les initiatives populaires perdent souvent du terrain pendant la campagne. L’initiative doit en outre obtenir la majorité du peuple et celle des cantons. Or les deux peuvent diverger : en 2016, l’initiative du PDC avait obtenu la majorité des cantons mais manqué celle du peuple. En mars 2026, la majorité des cantons a rejeté l’imposition individuelle.

SondageEnquêteOuiNonIndécis
gfs.bern pour la SSRDu 05 au 18.10.2026, 14’874 personnes interrogées553411
YouGov SchweizDu 07 au 19.10.2026, 2949 personnes interrogées5729n. c.
Leewas pour Tamedia et « 20 Minuten »Les 07 et 08.10.2026, 11’239 personnes interrogées3851n. c.
Intentions de vote, en %. Marge d’erreur : gfs.bern ±2,8, YouGov ±1,8, Leewas ±1,6 points de pourcentage. n. c. : non communiqué.
Seul le financement de l’AVS est à la traîneGraphique : premier sondage SSR sur la votation du 29.11.2026, avec les intentions de vote sur l’initiative sur les feux d’artifice, la loi sur le matériel de guerre, l’initiative pour l’équité et la hausse de la TVA pour l’AVSVOTATION DU 29.11.2026 · PREMIER SONDAGE SSRSeul le financement de l’AVS est à la traîneIntentions de vote en pour cent, enquête du 05 au 18.10.2026OuiNonNe sait pasSource : gfs.bern sur mandat de la SSR, 1re vague, 14’874 personnes interrogées, marge d’erreur de ±2,8 points de pourcentage.EXPERTISTANInitiative sur les feux d’artifice69 % oui29 % nonLoi sur le matériel de guerre49 % oui41 % non10 %Initiative pour l’équité55 % oui34 % non11 %Hausse de la TVA pour l’AVS46 % oui49 % non
Premier sondage SSR sur les quatre objets du 29.11.2026, en %. gfs.bern, du 05 au 18.10.2026, 14’874 personnes interrogées, marge d’erreur ±2,8 points de pourcentage. Graphique : Expertistan

Ce que changerait un oui, ce que changerait un non

En cas de ouiEn cas de non
ConstitutionImposition commune et interdiction de la pénalisation du mariage au niveau fédéral inscrites dans la ConstitutionAucun changement
Mise en œuvreLe Parlement choisit un modèle dans les trois ans ; à défaut, le Conseil fédéral introduit le calcul alternatif de l’impôt au plus tard en 2030Imposition individuelle dès le 01.01.2032 pour la Confédération, les cantons et les communes
Imposition individuelleLa loi reste valable dans un premier temps ; elle devrait être adaptée au niveau fédéral, un nouveau référendum serait possibleMise en œuvre telle qu’adoptée
Couples mariésPénalisation du mariage interdite, bonus de mariage maintenuLa pénalisation et le bonus de mariage disparaissent dans l’impôt fédéral direct
Impôt fédéral direct680 millions à 3 milliards de francs de moins par an, dont environ un cinquième à la charge des cantonsEnviron 630 millions de francs de moins par an
Déclaration d’impôtLes couples mariés continuent d’en remplir une communeChaque personne remplit la sienne
Conséquences du vote. Sources : explications du Conseil fédéral, message, Administration fédérale des contributions.

Chronologie

13.04.1984 Tribunal fédéral : les couples mariés ne doivent pas payer plus d’impôts que les couples de concubins
28.02.2016 L’initiative du PDC « Pour le couple et la famille » échoue avec 49,2 % de oui
10.04.2019 Le Tribunal fédéral annule la votation en raison de chiffres erronés
18.12.2019 Le Conseil national renvoie au Conseil fédéral son projet prévoyant un calcul alternatif de l’impôt
04.02.2020 Retrait de l’initiative du PDC
18.10.2022 Lancement de l’initiative pour l’équité
27.03.2024 Dépôt des signatures
26.06.2024 Le Conseil fédéral rejette l’initiative, sans contre-projet
07.03.2025 Message du Conseil fédéral au Parlement
20.06.2025 Le Parlement adopte l’imposition individuelle
17.09.2025 Le Conseil national recommande le rejet par 99 voix contre 92
08.03.2026 Le peuple dit oui à l’imposition individuelle
04.06.2026 Le Conseil des États recommande le rejet par 24 voix contre 21
19.06.2026 Votes finaux dans les deux Chambres
19.08.2026 Le Conseil fédéral fixe l’entrée en vigueur de l’imposition individuelle au 01.01.2032
13.10.2026 Le Conseil fédéral lance sa campagne contre l’initiative
14.10.2026 Premier sondage Leewas : 38 % de oui, 51 % de non
19.10.2026 Un comité interpartis lance la campagne du non
20.10.2026 YouGov : 57 % de oui, 29 % de non
23.10.2026 Premier sondage SSR : 55 % de oui, 34 % de non
29.11.2026 Votation populaire

Commentaire : une revendication légitime, mais le mauvais outil

Sur un point, le Centre a raison : la pénalisation du mariage dans l’impôt fédéral est un manquement vieux de quarante ans. Pendant des décennies, le Conseil fédéral et le Parlement n’ont corrigé que mollement le fait que des centaines de milliers de couples mariés paient davantage d’impôt fédéral que des couples de concubins se trouvant dans une situation équivalente. Qu’un parti dont l’initiative a échoué de justesse en 2016 sur la foi de chiffres erronés de la Confédération ne fasse plus confiance à la politique se comprend.

L’initiative pour l’équité n’en est pas moins la mauvaise voie. Elle corrige une inégalité de traitement en en créant une nouvelle : la pénalisation disparaît, le bonus demeure. Les couples non mariés paient le cas échéant davantage que des couples mariés au revenu identique, et ce sont les couples mariés à deux hauts salaires qui gagnent le plus. Ce n’est pas de l’équité, c’est un privilège. S’y ajoutent des pertes pouvant atteindre trois milliards de francs par an, précisément au moment où la Confédération cherche de nouvelles recettes pour l’AVS et l’armée.

Le moment choisi pèse plus lourd encore. Neuf mois après une décision populaire claire, le modèle inverse devrait être inscrit dans la Constitution. Sur le plan formel, c’est légitime : une initiative exprime elle aussi la volonté populaire. En pratique, on risque un système fiscal à deux logiques, suivi de révisions législatives et de nouveaux référendums. Qui voulait supprimer la pénalisation du mariage l’a fait le 08.03.2026. Les inquiétudes légitimes des familles à revenu unique et des couples de retraités ont leur place dans la mise en œuvre de l’imposition individuelle par les cantons, pas dans la Constitution fédérale.

Toutes les données sont arrêtées au 30.10.2026. Les chiffres relatifs aux personnes concernées et aux pertes fiscales sont des estimations de l’administration fédérale, entachées d’une incertitude considérable. Le deuxième sondage SSR paraîtra en novembre ; cet article sera alors mis à jour. Les citations prononcées dans une autre langue ont été traduites par la rédaction. Les sources sont citées dans leur langue d’origine.

Sur le même sujet : 13e rente AVS : le peuple a commandé, on lui présente l’addition · Loi sur le matériel de guerre : quelle dose de neutralité l’industrie de l’armement peut-elle supporter ? · Initiative sur les feux d’artifice : pourquoi la Suisse se querelle au sujet de ses pétards

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